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01ÉPREUVES

L'organisation judiciaire française : les juridictions au programme du concours de greffier

Découvrez l'organisation judiciaire au programme du concours de greffier : ordre judiciaire, ordre administratif, Tribunal des conflits et auxiliaires.

Équipe éditoriale Prépa GreffeLecture 10 min

L'organisation judiciaire en bref

L'organisation judiciaire est la première matière que vous devez maîtriser pour le concours externe de greffier des services judiciaires. Elle constitue la première série de questions de la seconde épreuve écrite d'admissibilité — celle qui, avec la note de synthèse, décide de votre accès à l'oral.

Cette matière est vaste et souvent sous-estimée. Le programme officiel, fixé par l'annexe de l'arrêté du 29 avril 2016 modifié, ne se limite pas aux tribunaux « classiques » : il couvre l'organisation et la compétence des juridictions des deux ordres — l'ordre judiciaire et l'ordre administratif —, le Tribunal des conflits qui les départage, et les auxiliaires de justice qui gravitent autour d'elles.

Ce guide dresse la carte de cet ensemble. Il vous donne la structure d'ensemble à connaître ; le travail de mémorisation détaillé, lui, se fait sur les fiches et le moteur de questions du site, pendant que la méthode de rédaction se travaille à part.

OrdreJuridiction suprêmeCe qu'il tranche
Ordre judiciaireCour de cassationLitiges entre personnes privées (civil) et infractions pénales.
Ordre administratifConseil d'ÉtatLitiges opposant les particuliers à l'administration.
Répartition des deuxTribunal des conflitsRègle les conflits de compétence entre les deux ordres.
La dualité de juridiction française — deux ordres autonomes et un arbitre.

L'ordre judiciaire

L'ordre judiciaire regroupe les juridictions qui tranchent les litiges entre personnes privées (matière civile) et qui jugent les auteurs d'infractions (matière pénale). Il est organisé selon une hiérarchie : des juridictions de première instance, un second degré qui rejuge par la voie de l'appel, et une juridiction suprême au sommet.

La Cour de cassation occupe ce sommet. Juridiction unique pour tout le pays, elle ne rejuge pas les affaires au fond : elle ne connaît pas des faits, mais du droit. Saisie d'un pourvoi, elle contrôle que les juges du fond ont correctement appliqué la règle de droit ; elle casse la décision qui l'a méconnue, ou rejette le pourvoi dans le cas contraire. Elle n'est donc pas un « troisième degré de juridiction ».

Les cours d'appel forment le second degré. Saisies de l'appel d'une décision rendue en première instance dans leur ressort, elles rejugent l'affaire entièrement, en fait et en droit, et rendent un arrêt qui se substitue au premier jugement.

En première instance, le tribunal judiciaire est la juridiction de droit commun : il connaît de tout ce qui n'est pas expressément attribué à une autre juridiction. Depuis le 1er janvier 2020, il a absorbé les anciens tribunaux de grande instance et tribunaux d'instance, réunis en une seule juridiction ; là où subsistaient des tribunaux d'instance isolés, on trouve désormais des chambres de proximité (tribunaux de proximité). En son sein, le juge des contentieux de la protection traite notamment les tutelles des majeurs, les baux d'habitation, le crédit à la consommation et le surendettement.

À côté de ce tribunal de droit commun existent des juridictions spécialisées : le conseil de prud'hommes juge les litiges individuels nés du contrat de travail de droit privé ; les juridictions des mineurs (juge des enfants, tribunal pour enfants…) traitent la délinquance et la protection des mineurs, aujourd'hui selon le code de la justice pénale des mineurs entré en vigueur en 2021.

Les crimes, enfin, relèvent de juridictions dédiées, que le tableau ci-dessous distingue avec soin car leur répartition a récemment changé.

JuridictionNiveauRôle et compétence
Cour de cassationSommet de l'ordre judiciaireJuge le droit, non les faits ; contrôle l'application de la loi par les juridictions du fond ; casse ou rejette le pourvoi.
Cour d'appelSecond degréRejuge en fait et en droit les décisions de première instance rendues dans son ressort.
Tribunal judiciairePremière instance (droit commun)Litiges civils et infractions pénales ; issu de la fusion TGI + TI au 1er janvier 2020 ; comprend des chambres de proximité.
Conseil de prud'hommesPremière instance (spécialisée)Litiges individuels du travail ; composition paritaire salariés / employeurs.
Juridictions des mineursPremière instance (spécialisée)Juge des enfants, tribunal pour enfants… ; enfance délinquante et en danger.
Cour d'assisesPremière instance et appelJuge les crimes ; magistrats professionnels et jury populaire (jurés citoyens).
Cour criminelle départementalePremière instanceJuge sans jury certains crimes punis de 15 ou 20 ans de réclusion (majeurs, hors récidive) ; cinq magistrats professionnels.
Les juridictions de l'ordre judiciaire — hiérarchie et compétences (droit en vigueur au 2026-07).

L'ordre administratif

À côté de l'ordre judiciaire, la France connaît un second ordre de juridictions, autonome : l'ordre administratif. Il tranche les litiges qui opposent les particuliers à l'administration — l'État, les collectivités territoriales, les établissements publics — lorsqu'ils contestent une décision administrative, réclament réparation d'un dommage causé par un service public ou mettent en cause un contrat administratif.

Sa structure reprend la même logique à trois niveaux que l'ordre judiciaire, avec un vocabulaire propre.

Le tribunal administratif est le juge de droit commun du contentieux administratif en premier ressort : c'est lui que l'on saisit d'abord, sauf exception. La cour administrative d'appel constitue le second degré : elle rejuge en appel les jugements des tribunaux administratifs. Au sommet, le Conseil d'État exerce une double fonction, particularité française qu'un candidat doit connaître : il est à la fois le juge suprême de l'ordre administratif — juge de cassation des arrêts des cours administratives d'appel, et parfois juge de premier et dernier ressort pour certains recours importants — et le conseiller juridique du Gouvernement, qu'il éclaire sur les projets de loi et de décret.

JuridictionNiveauRôle et compétence
Conseil d'ÉtatSommet de l'ordre administratifJuge de cassation ; juge en premier et dernier ressort de certains recours ; conseiller juridique du Gouvernement.
Cour administrative d'appelSecond degréRejuge en appel les jugements des tribunaux administratifs.
Tribunal administratifPremière instance (droit commun)Litiges entre les particuliers et l'administration ; juge de droit commun du contentieux administratif.
Les juridictions de l'ordre administratif — la symétrie avec l'ordre judiciaire.

Le Tribunal des conflits

Deux ordres autonomes, cela suppose un arbitre lorsqu'ils se disputent — ou se renvoient — une affaire. C'est le rôle du Tribunal des conflits.

Le Tribunal des conflits ne juge pas le fond des litiges. Sa mission est de dire quel ordre de juridiction, judiciaire ou administratif, est compétent pour trancher une affaire donnée. Il intervient lorsqu'un conflit de compétence surgit : soit qu'aucun des deux ordres n'accepte de se reconnaître compétent, soit qu'au contraire l'administration entende soustraire une affaire au juge judiciaire. Sa décision s'impose alors aux deux ordres.

Sa composition traduit cette fonction d'arbitrage : il est constitué à parité de membres issus du Conseil d'État et de membres issus de la Cour de cassation, de sorte qu'aucun ordre ne prime sur l'autre. C'est cet équilibre qui fait du Tribunal des conflits la clé de voûte de la dualité juridictionnelle française.

Les auxiliaires de justice

Le programme ne s'arrête pas aux juridictions : il inclut les auxiliaires de justice, c'est-à-dire les professionnels qui concourent au fonctionnement du service public de la justice sans être eux-mêmes des juges. Les connaître, c'est comprendre qui fait quoi dans une procédure — un savoir directement utile au futur greffier, qui travaille au contact de tous.

L'avocat conseille, assiste, représente et défend les parties ; il plaide et rédige les actes de procédure. Le commissaire de justice signifie les actes, procède à l'exécution des décisions de justice et dresse des constats. Le notaire, officier public, confère l'authenticité aux actes qu'il reçoit (contrats, ventes immobilières, successions). À ces professions s'ajoutent des acteurs plus spécialisés : les avocats au Conseil d'État et à la Cour de cassation, qui ont seuls qualité pour représenter les parties devant les juridictions suprêmes ; les administrateurs et mandataires judiciaires, qui interviennent dans les procédures des entreprises en difficulté ; les experts judiciaires, qui éclairent le juge sur les questions techniques.

Une distinction est capitale pour un candidat greffier, car elle touche à votre futur métier : le greffier des services judiciaires est un fonctionnaire, agent public au service de la juridiction ; il ne faut pas le confondre avec le greffier d'un tribunal de commerce, qui est, lui, un officier public et ministériel exerçant une profession libérale.

AuxiliaireRôle
AvocatConseille, assiste, représente et défend les parties ; plaide et rédige les actes.
Commissaire de justice (anciennement huissier de justice)Signifie les actes, exécute les décisions de justice, dresse des constats — profession issue de la fusion huissier de justice / commissaire-priseur judiciaire au 1er juillet 2022.
NotaireOfficier public ; confère l'authenticité aux actes (contrats, ventes, successions).
Avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassationReprésente seul les parties devant les juridictions suprêmes.
Administrateur et mandataire judiciairesInterviennent dans les procédures des entreprises en difficulté.
Expert judiciaireÉclaire le juge sur une question technique par un avis motivé.
Les principaux auxiliaires de justice — panorama pour la 1re série de questions.

Ce que le jury attend sur cette matière

L'organisation judiciaire n'est pas une matière où l'à-peu-près pardonne. Le jury attend une carte mentale claire : savoir situer chaque juridiction dans son ordre et son niveau, énoncer sa compétence sans la confondre avec une autre, et employer le vocabulaire exact du droit en vigueur. C'est précisément sur ce dernier point que les candidats se piègent, en récitant un manuel périmé — « le TGI », « l'huissier », « tous les crimes vont aux assises ». Chacune de ces formules signale un candidat qui n'a pas actualisé ses connaissances.

Rappelez-vous la nature de l'épreuve : la première série de questions se rédige. On n'attend pas de vous des cases cochées, mais des réponses écrites, brèves et exactes, énonçant une règle avec rigueur. Le moteur de questions du site sert à ancrer et vérifier vos connaissances — c'est un outil de mémorisation efficace pour retenir la carte des juridictions —, mais il ne remplace pas l'entraînement à la rédaction, qui est le geste réellement évalué le jour de l'épreuve.

La méthode propre à cette épreuve rédigée — comment structurer une réponse courte, citer une base légale, gérer les trois heures entre les deux séries — est traitée dans le guide dédié aux QRC de procédure, à lire en complément de cette carte des juridictions.

Questions fréquentes sur l'organisation judiciaire

Les interrogations les plus courantes des candidats sur les juridictions au programme de la première série de questions du concours de greffier.

Quelles juridictions sont au programme du concours de greffier ?
La première série de questions couvre l'organisation et la compétence des juridictions des deux ordres. Pour l'ordre judiciaire : la Cour de cassation, la cour d'appel, la cour d'assises, le tribunal judiciaire, le conseil de prud'hommes et les juridictions des mineurs. Pour l'ordre administratif : le Conseil d'État, la cour administrative d'appel et le tribunal administratif. S'y ajoutent le Tribunal des conflits et les auxiliaires de justice (arrêté du 29 avril 2016 modifié, annexe I).
Le tribunal judiciaire, est-ce l'ancien TGI ?
Pas exactement : le tribunal judiciaire, créé au 1er janvier 2020, remplace à la fois l'ancien tribunal de grande instance (TGI) et l'ancien tribunal d'instance (TI), fusionnés en une seule juridiction. Il est le tribunal de droit commun de première instance. Les termes « TGI » et « tribunal d'instance » ne désignent plus de juridictions existantes et ne doivent plus être employés au présent.
Quelle est la différence entre la cour d'assises et la cour criminelle départementale ?
La cour criminelle départementale, généralisée au 1er janvier 2023, juge en première instance, sans jury populaire et avec cinq magistrats professionnels, certains crimes punis de quinze ou vingt ans de réclusion commis par des majeurs hors récidive. La cour d'assises, composée de magistrats et d'un jury de citoyens, reste compétente pour les autres crimes et pour juger les appels. La cour criminelle n'a pas supprimé la cour d'assises.
Qu'est-ce qu'un commissaire de justice ?
Le commissaire de justice est la profession issue de la fusion, effective au 1er juillet 2022, de l'huissier de justice et du commissaire-priseur judiciaire. Il signifie les actes de procédure, procède à l'exécution des décisions de justice et dresse des constats. Le terme « huissier de justice » seul est désormais périmé : on écrit « commissaire de justice ».
Quelle différence entre l'ordre judiciaire et l'ordre administratif ?
L'ordre judiciaire tranche les litiges entre personnes privées (matière civile) et juge les infractions (matière pénale) ; sa juridiction suprême est la Cour de cassation. L'ordre administratif tranche les litiges opposant les particuliers à l'administration ; sa juridiction suprême est le Conseil d'État. Lorsqu'un doute surgit sur l'ordre compétent, c'est le Tribunal des conflits qui tranche.
Cette matière est-elle évaluée à l'écrit ou à l'oral ?
À l'écrit : l'organisation judiciaire forme la première série de la seconde épreuve d'admissibilité, d'une durée de 3 heures pour les deux séries, de coefficient 4, avec une note inférieure à 5 sur 20 éliminatoire. C'est une épreuve rédigée : le moteur de questions du site vous aide à mémoriser la carte des juridictions, mais le jour J, vous rédigez vos réponses. La méthode de rédaction est détaillée dans le guide consacré aux QRC de procédure.
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