Une voie distincte, pas une version allégée
Le concours interne de greffier des services judiciaires s'adresse aux agents publics déjà en poste. C'est une voie différente du concours externe, pas une version simplifiée : les coefficients sont identiques, et le niveau attendu aussi.
Ce qui change, c'est la nature de ce qui est évalué. Là où l'externe teste des connaissances académiques, l'interne teste votre capacité à mobiliser une pratique professionnelle. Cette différence se lit dans les trois épreuves, fixées par l'arrêté du 29 avril 2016 modifié.
Un point que ce guide ne chiffrera pas : la durée de services publics exigée pour candidater. Elle relève du décret statutaire, et non de l'arrêté sur les épreuves. Vérifiez-la sur l'avis de concours de la session que vous visez — c'est lui qui fait foi, et il est publié au Journal officiel.
Première épreuve écrite : le cas pratique (4 h, coefficient 4)
L'arrêté la définit comme la résolution d'un cas pratique, restituée sous la forme d'une note structurée. Quatre heures, coefficient 4.
Deux mots comptent dans cette définition.
« Cas pratique » : on ne vous demande pas de disserter, mais de traiter une situation. Il y a un problème posé, des éléments de fait, et une réponse à construire. C'est l'exercice le plus proche du travail réel d'un greffe.
« Note structurée » : la forme est notée autant que le fond. Une réponse juste mais mal ordonnée perd des points. Annoncez votre plan, séparez visiblement vos parties, et faites en sorte qu'un lecteur pressé comprenne votre raisonnement sans avoir à le reconstituer.
C'est ici que l'expérience professionnelle devient un avantage réel : un agent qui a vu passer des dossiers reconnaît plus vite ce qui est en jeu qu'un candidat qui n'a lu que des manuels.
Deuxième épreuve écrite : les questions de procédure (3 h, coefficient 4)
La seconde épreuve d'admissibilité porte sur l'organisation judiciaire et, au choix du candidat, sur la procédure civile et prud'homale ou sur la procédure pénale. Trois heures, coefficient 4.
Ce choix se fait à l'inscription et engage : préparez celle des deux que votre pratique professionnelle rend la plus naturelle, plutôt que celle qui vous paraît « plus facile » en théorie.
Le bloc organisation judiciaire, lui, n'est pas optionnel. Il est commun à tous, et il a l'avantage d'être fermé : le périmètre est connu, on peut en faire le tour. C'est le meilleur rendement de révision de tout le concours.
La méthode des questions à réponses courtes est traitée dans un guide dédié : elle est identique pour l'externe et pour l'interne.
L'oral : votre expérience devient l'objet de l'épreuve
L'épreuve d'admission est un entretien de 25 minutes au maximum, coefficient 4 — soit le même poids que chacune des deux épreuves écrites.
Sa formulation officielle mérite attention : il évalue « l'expérience professionnelle du candidat » et son « aptitude à exercer » les fonctions. Ce n'est donc pas un oral de connaissances déguisé. Le jury cherche à savoir ce que vous avez fait, ce que vous en avez compris, et ce que cela vous a appris du service public de la justice.
Trois conséquences pratiques :
- Préparez votre parcours comme un dossier, pas comme une liste. Deux ou trois situations concrètes que vous savez raconter valent mieux qu'un curriculum récité.
- Sachez expliquer pourquoi vous changez de corps, sans dénigrer votre poste actuel.
- Attendez-vous à des questions sur l'institution : connaître l'organisation dans laquelle vous voulez entrer fait partie de l'aptitude évaluée.
Les seuils à connaître avant de composer
Deux règles chiffrées encadrent le concours, et elles changent la stratégie.
Toute note inférieure à 5 sur 20 est éliminatoire. Une épreuve sacrifiée ne se rattrape donc pas avec les autres : il n'existe pas de stratégie « je mise tout sur le cas pratique ».
Le minimum d'admissibilité est fixé à 80 points pour le concours interne comme pour l'externe. Avec deux épreuves à coefficient 4, cela correspond à une moyenne de 10 sur 20 sur l'ensemble des écrits.
Ces deux règles poussent à la même conclusion : mieux vaut être solide partout que brillant sur une seule épreuve.
Interne ou troisième concours : ne pas se tromper de voie
Le concours interne n'est pas la seule alternative à l'externe. Le troisième concours existe aussi, et il s'adresse à un public différent — celui qui justifie d'une activité professionnelle ou d'un mandat, hors fonction publique.
Sa structure est nettement plus courte : une seule épreuve écrite au lieu de deux. C'est un fait à connaître avant de choisir, et il est détaillé dans le guide qui lui est consacré.
Si vous êtes agent public en poste, l'interne est votre voie. Si votre expérience vient du secteur privé, du monde associatif ou d'un mandat, regardez le troisième concours avant de vous engager sur l'externe.
Sources